Des particularités intéressantes

L’âne vit en moyenne 35 ans, c’est donc un compagnon de longue date, rustique et sensible à la fois. On l’utilise pour ce qu’il est : sa masse, sa chaleur, son pas, son caractère et sa curiosité naturelle. L’âne est un équidé calme et patient qui a un rythme lent. Sa taille, sa familiarité à l’égard de l’homme en font un animal accessible à tous, sa lenteur, son sang-froid sont autant d’éléments rassurants sur lesquels nous basons notre rencontre.

L’âne ne se comporte pas comme le cheval. De plus petite taille et bien moins vif, il en diffère par sa forte personnalité : quand il n’a pas envie de faire quelque chose il s’arrête, obligeant l’être humain à négocier et à le respecter. S’il est têtu, c’est qu’avant d’obéir aux ordres extérieurs, il suit son propre rythme. Chercher à le dominer ne mène pas à grand-chose. Essayer d’obtenir son amitié est bien plus efficace.

La relation avec l’âne est faite de confiance et d’échange. Elle relève du partenariat plutôt que de la recherche de soumission. Il y a là un formidable moyen de socialisation qui tourne le dos à la violence et à une gestion des relations basée sur l’obligation d’avoir à s’imposer. La familiarité et le regard mélancolique de l’animal sont aussi un autre atout qui crée rapidement un contact affectif. On est très vite tenté d’aller vers lui, de le caresser, de se lier à lui. Cette facilité d’approche favorise les relations avec des populations qui ressentent parfois des difficultés à aller vers l’autre, mais qui là, seront rapidement attirées et conquises.

Toutes ces caractéristiques justifient pleinement qu’on associe cet animal au travail auprès de population en difficulté : stimulation psychomotrice d’enfants polyhandicapés, insertion par le travail pour des adultes malades mentaux, randonnée itinérante avec un groupe d’adolescents en difficulté scolaire ou familiale, espace de rencontre dans une activité partagée par différents publics (enfants d’IME et enfants de quartier)…

Un animal sociable:

De type sédentaire, l’âne vit en troupeau, selon des règles marquées par une grande socialisation. Les jeunes suivent les plus anciens, mais chacun a un rôle dans le rythme de la vie du groupe : ceux qui rassurent, ceux qui jouent, ceux qui explorent, ceux qui câlinent, ceux qui vivent en retrait. Les femelles restent ensemble tandis que les jeunes mâles cherchent leur indépendance et seront plus solitaires.

Ainsi, il y a des liens à vie entre les membres d’un même troupeau et chacun a sa propre personnalité. Cette diversité peut être mise à profit pour s’adapter aux différents publics. Les ânes réagissent différemment en fonction des personnes et de l’intervention. L’ânesse maternante, calme et douce, de plus de 10 ans, est prête à tout recevoir. L’âne hongre bien dodu et rond du dos, calme à la barre, portera en silence les plus lourds d’entre nous. L’ânon rassurera par sa taille et invitera au contact en jouant. Il faut éviter l’utilisation d’âne entier, car certaines personnes portent des odeurs qui peuvent le déranger, il saura vous le dire très vite.

Un médiateur adapté aux publics fragilisés

Cet animal constitue un support particulièrement adapté au travail auprès des personnes déficientes. Petit à petit, habitués à voir des fauteuils roulants et électriques, à ce qu’ils bougent, à ce que les personnes autour ne se comportent pas comme les autres (cris, gestes atypiques), ils sentent la différence mais ne la jugent pas. Ils vont curieux vers ce contact mais pour cela il faut qu’ils aient confiance. La manière qu’à l’âne de nous montrer comment il évalue le danger, quand il a peur d’une situation nouvelle, nous renvoie à un calme compromis dans son approche.

Encore limitée, l’utilisation de cet animal est sans doute appelée à s’accroître. D’où les précautions à adopter pour éviter toute dérive visant à prétendre à la thérapie là où il n’y en a pas forcément. Reste la magie du contact individuel : un animal que l’on soigne et à qui l’on consacre du temps, vous reconnaît. Il s’habitue à son maître et en fait une relation privilégiée. Peuvent alors se développer de vrais rapports d’échanges dans une atmosphère de confiance et de bien-être. Le relationnel ainsi créé n’utilise pas le support du langage humain : ce qui prime ce sont le silence et la complicité instinctive. Il n’y a pas d’interprétation et de mensonges possibles. Avec comme perspective de réussir là où le contact humain a échoué. Car l’interaction avec un tel être vivant ne peut que résonner aussi sur notre propre structure.